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En hommage à Oronce Fine (1494-1555)

Tout a commencé par un petit coin de verdure où l’entretien du lieu semble laissé à la fantaisie de Dame Nature. Au centre, un minuscule bassin est presque envahi par les herbes. Entouré de grilles, le square est fermé; promeneur, passe ton chemin. Car il s’agit bien d’un square – comme l’indique son nom – : square Oronce Fine.

Square Oronce Fine

Square Oronce Fine. Paris 5eme. ©LeRat de Soracha.

Partons sur les traces d’Oronce Fine…

Portrait d'Oronce Fine

Oronce Fine.

Oronce Fine est né le 20 décembre 1494 à Briançon d’un père médecin passionné d’astrologie : il a même construit un appareil pour observer les mouvements des planètes. Orphelin très jeune, l’enfant est envoyé à Paris chez un compatriote – Antoine Silvestre – qui enseigne les belles lettres au collège de Montaigu.

Notre première étape nous conduit au collège de Navarre où le jeune Oronce fait ses études. Excellent élève, le jeune homme se passionne pour les mathématiques qu’il étudie dans les livres car elles sont alors peu enseignées.
Fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, l’épouse de Philippe le Bel, le collège de Navarre est l’un des célèbres collèges installés le long de l’actuelle rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Supprimé à la Révolution, il est remplacé par l’école centrale des travaux publics créée le 11 mars 1794 par la Convention, sous l’influence du mathématicien Gaspard Monge, laquelle devient en 1795 l’Ecole Polytechnique. Nous pouvons encore voir le portail d’entrée construit en 1838 au n°5 de la rue Descartes.

Collège de France

Porte d’entrée du Collège de France ©Le Rat de Soracha.

Notre deuxième étape nous conduit au Collège de France. Pour vivre, Oronce devient correcteur d’imprimerie, au service des éditeurs. Presque toutes les publications se font à cette époque en latin. Fine dessine également les figures dans les livres qu’ils “corrigent”: en 1515, il collabore ainsi au Theoricae novae planetarum, id est septem errantium syderum du mathématicien et astronome Georg Peurbach. En 1516, Oronce Fine devient professeur de mathématiques au collège de Navarre. Dix ans plus tard, il publie son premier traité d’astronomie : Aequatorium planetarum unico instrumente comprenhensum.

En 1531, Fine défend les mathématiques dans son Epistre exhortative touchant la perfection et commodite des arts liberault mathematiques qu’il dédie au roi. Il souhaite que l’enseignement des mathématiques se répande au-delà des universités. En réponse, François Ier le nomme lecteur royal et lui confie une chaire de mathématiques au Collège de France.

Promathesis – Illustration.

Fine écrit la première version de son ouvrage Protomathesis, considéré comme un recueil encyclopédique des savoirs. Il s’agit de 4 traités illustrés comprenant des livres d’arithmétiques, de cosmographie, de géométrie et de gnomonique – l’art de construire des cadrans solaires.

Fine invente aussi des instruments mathématiques, tel le “carré géométrique” qu’il présente dans son ouvrage Un bref et singulier Traicté touchant la composition et usage d’un instrument appelé le quarré géométrique.

 

Notre troisième étape nous conduit à la Bibliothèque Sainte-Geneviève où se trouve, depuis 1969, la plus ancienne horloge planétaire sur les cinq conservées. L’horloge a été construite en partie par Oronce Fine pour le cardinal de Lorraine en 1553 comme en témoigne l’inscription sur le cadran astrolabique. Les faces strictement planétaires sont plus anciennes remontent probablement au début du XVIe siècle ou aux dernières années du XVe siècle. A sa mort, le cardinal de Lorraine en fit don à la bibliothèque des Génovéfains de l’Abbaye Sainte-Geneviève.

Horloge planétaire. Bibliothèque Sainte-Geneviève

Horloge planétaire. Bibliothèque Sainte-Geneviève. ©LeRat de Soracha.

L’horloge d’Oronce Fine est une tour pentagonale montée sur un grand piédestal de bois sculpté représentant cinq greffons dressés autour d’une colonne, surmontée d’un globe céleste qui tourne selon le mouvement quotidien de la sphère des fixes. Cinq faces de la tour sont affectées aux cadrans : l’une porte le cadran solaire et le cadran astrolabique modifiés par Oronce Fine, les autres les cadrans planétaires.

Une horloge planétaire représente le mouvement de la voûte planétaire, conçue par l’astronomie à la fin du Moyen Âge. Ce n’est pas un instrument scientifique; elle a pour but de faire apprécier la compétence des astronomes et des horlogers à un public ignorant l’harmonie des mouvements célestes, Elle doit émerveiller, instruire, étonner.

Notre dernière étape nous mène sur le site Gallica. Car Oronce Fine est aussi un cartographe. En 1525, il réalise la Nova totius Galliae descriptio, première carte de France de cette dimension.

Oronce Fine. Carte de France

Oronce Fine. Carte de France

En 1531, il crée une mappemonde bi-cordiforme Nova et integra universi orbis descriptio. Devant le succès de cette mappemonde, il en fait une autre en 1534-1535 en projection cordiforme Recens et integra orgis descriptio :

Oronce Fine. Mappemonde en forme de coeur.

Oronce Fine. Mappemonde en forme de coeur.

Selon la plaque apposée sur les grilles du square par la Société Fraternelle des Hautes Alpes, Oronce Fine aurait été aussi musicien – il aurait écrit une méthode pour enseigner le luth – et philologue.

Oronce Fine - Usage du Quarré mathématique

Illustration – Usage du quarré géométrique.

Terminons cet hommage par ces vers écrits à sa mort:
Le corps en terre à la fin s’est rendu
D’Oronce mort. Mort ? c’est mal entendu ;
Il est là-haut apellé par les Dieux,
Pour avec eux vivre, et régir les cieux ;
Il est ravi sur la machine ronde
Pour mieux la voir et régler : en ce monde
Ne fut trouvé digne de telle charge
Autre vivant, tant fut il docte et sage.
Donc aux cieux son esprit s’est rendu :
Voilà pourquoi, hélas, l’avons perdu ».

Sources :
Oronce Fine sur Gallica;
Gallois L., La grande carte de France d’Oronce Fine, Annales de géographie, 1935, 250, p. 337-348; ,
Poulle E., « Les mécanisations de l’astronomie des épicycles : l’horloge d’Oronce Fine », communication à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, CR des séances, 118e année, n°1, 1974, p. 59-79

Les vrais pourtraits et vies des hommes illustres, 1584.

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