post

Gazette de Soracha n°9 – Henriette-Anne d’Angleterre

En hommage à Henriette-Anne d’Angleterre, Madame, duchesse d’Orléans, née le 26 juin 1644 et morte le 30 juin 1670.

« Rien ne paraissait plus digne d’être aimée que Madame. Peut-être eût-elle voulu l’être du roi dont les regards, les soins, l’attention, le goût de la tendresse…» (Mme de La Fayette).

Henriette Marie d'Angleterre

Beaubrun, Henriette-Anne d’Angleterre, duchesse d’Orléans.

Enfance. – Née le 26 juin 1644 à Exeter, Henriette est abandonnée à sa gouvernante par sa mère, Henriette-Marie de France. Mariée à Charles Ier d’Angleterre, la fille d’Henri IV fuit en effet la révolution et se réfugie en France, auprès de sa belle-sœur, Anne d’Autriche. Deux ans plus tard, grâce à sa gouvernante, la petite Henriette arrive à son tour à Paris et s’appelle désormais Henriette-Anne en hommage à sa tante, la régente.

Les deux princesses ont un appartement au Louvre. Puis Henriette passe son enfance au couvent des Visitandines fondé par sa mère, sur la colline de Chaillot, où elle reçoit l’éducation des princesses : lettres, arts, musique, danse. Comme sa mère, Henriette-Anne est catholique, alors que son père et son frère aîné sont protestants. Peu religieuse, la petite fille, appelée « Minette » par ses proches, s’ennuie.

Jeunesse. – Après la fronde, Anne d’Autriche, très soucieuse des usages, invite les deux princesses aux fêtes et bals donnés à la cour. En 1653, Henriette est invitée au festin royal offert par Mazarin ; c’est sa première apparition à la cour. En 1654, elle assiste au sacre de son cousin à Reims. Les années suivantes, elle danse dans différents ballets, au côté du jeune roi. Louis XIV apprécie peu sa cousine, de six ans sa cadette, une « petite fille » qu’il juge maigrichonne, que sa mère lui impose comme cavalière pour ouvrir le bal, rang oblige. En 1656, quand Louis ouvre le bal avec Henriette, Anne-Marie d’Orléans s’étouffe tandis que son cousin Philippe, frère du roi, s’écrit : « nous avons bien à faire que ces gens-là, à qui nous donnons du pain, viennent passer devant nous ».

Prédiction réalisée. – Louis dit un jour à Philippe, son frère : « Vous épouserez la princesse d’Angleterre parce que personne n’en veut. M. de Savoie l’a refusée. J’en ai fait parler à M. de Florence, où l’on en veut point : c’est pourquoi je conclus que vous l’aurez ! ».

Certes. Mais en 1660, Charles est monté sur le trône d’Angleterre sous le nom de Charles II et sa jeune sœur est devenue un parti intéressant. Du statut de cousine pauvre, Henriette passe à celui de fiancée courtisée. Louis continue à taquiner son frère sur la maigreur de sa future épouse : « vous voulez épouser les os du cimetière des Innocents ». Mais Philippe n’en a cure ; il épouse la sœur du roi d’Angleterre et ses passions amoureuses sont masculines :

« Monsieur alla au-devant d’elle avec tous les empressements imaginables et continua jusqu’à son mariage à lui rendre des devoirs auxquels il ne manquait que l’amour : mais le miracle d’enflammer le cœur de ce prince n’était réservé à aucune femme du monde. » (Mme de La Fayette).

31 mars 1661. – Le mariage de Philippe d’Orléans et d’Henriette-Anne d’Angleterre est célébré, en plein carême, dans la chapelle du Palais-Royal. La cour porte le deuil de Mazarin, mort le 9 mars. La nuit de noces est reportée pour des raisons physiologiques ; Philippe est contrarié.

Monsieur reçoit pour demeure de ville le Palais-Royal et possède déjà le château de Saint-Cloud comme demeure des champs. Il reçoit pour apanage les duchés d’Orléans, de Valois et de Chartres, avec Montargis. En épousant Philippe d’Orléans, Henriette-Anne d’Angleterre devient Madame, duchesse d’Orléans, la troisième dame du royaume après la reine-mère Anne d’Autriche et la reine Marie-Thérèse, que Louis XIV a épousée le 9 juin 1660.

Une princesse au charme ravageur. -Henriette a 17 ans ; ce n’est plus une petite fille. Sa jeunesse, sa coquetterie, son esprit vont faire fureur à la cour.

« Il n’y eut personne qui ne fût surpris de son agrément, de sa civilité et de son esprit. Comme la Reine sa mère la tenait fort près de sa personne, on ne la voyait jamais que chez elle, où elle ne parlait quasi point. Ce fut une nouvelle découverte de lui trouver l’esprit aussi aimable que tout le reste. On ne parlait que d’elle, et tout le monde s’empressait à lui donner des louanges » (Mme de La Fayette).

« Jamais la France n’a vu une princesse plus aimable que Henriette d’Angleterre, que Monsieur épousa ; elle avait les yeux noirs, vifs, et pleins du feu contagieux que les hommes ne sauraient fixement observer sans en ressentir l’effet : ses yeux paraissaient eux-mêmes atteints du désir de ceux qui les regardaient. Jamais princesse ne fut si touchante ni n’eut autant qu’elle l’air de vouloir bien que l’on fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa personne était ornée de charmes ; l’on s’intéressait à elle et on l’aimait, sans penser que l’on pût faire autrement. Quand quelqu’un la regardait et qu’elle s’en apercevait, il n’était pas possible de ne pas croire que ce fût à celui qui la voyait qu’elle voulait uniquement plaire. Elle avait tout l’esprit qu’il faut pour être charmante et tout celui qu’il faut pour les affaires importantes si les conjonctures de le faire valoir se fussent présentées et qu’il eût été question pour lors à la cour d’autre chose que de plaire. Le roi était aimable, jeune, galant, magnifique ; le goût de Monsieur n’était pas tout à fait tourné du côté des femmes …. » (abbé de Cosnac, Mémoires).

« Madame avait l’esprit solide et délicat, du bon sens, connaissant les choses fines, l’âme grande et juste. Elle mêlait, dans toute sa conversation, une douceur qu’on ne trouvait point dans toutes les autres personnes royales ; ce n’est pas qu’elle eût moins de majesté, mais elle en savait user d’une manière plus facile plus touchante ; de sorte qu’avec tant de qualités toutes divines, elle ne laissait pas d’être la plus humaine du monde. On eût dit qu’elle s’appropriait les cœurs…
Son teint blanc est uni au-delà de toute expression, sa taille médiocre mais fine ; on eût dit, qu’aussi bien que son âme, son esprit animait tout son corpos. Elle en avait jusqu’aux pieds et dansait mieux que femme du monde » (abbé de Cosnac, Mémoires).

« La princesse d’Angleterre était assez grande ; elle avait bonne grâce et sa taille, qui n’était pas sans défaut, ne paraissait pas alors aussi gâtée qu’elle l’était en effet. Sa beauté n’était pas des plus parfaites ; mais toute sa personne, quoiqu’elle ne fut pas bien faite, était néanmoins, par ses manières et par ses agréments, tout à fait aimable. Elle avait le teint fort délicat et fort blanc ; il était mêlé d’incarnat naturel, comparable à la rose et au jasmin … sa bouche était vermeille, et ses dents avaient toute la blancheur et la finesse qu’on leur pouvait souhaiter ; mais son visage trop long et sa maigreur semblaient menacer sa beauté d’une prompte fin. Elle s’habillait et se coiffer d’un air qui convenait à toute sa personne et, comme elle avait en elle de quoi se faire aimer, on pouvait croire qu’elle y devait sûrement réussir, et qu’elle ne serait pas fâchée de plaire … et trouver de la gloire dans le monde par les charmes et par la beauté de son esprit. On voyait déjà en elle beaucoup de lumière et de raison, et au travers de sa jeunesse, qui, jusqu’alors l’avait comme cachée au public, il était aisé de juger que, lorsqu’elle se verrait sur le théâtre de la cour de France, elle y jouerait l’un des principaux rôles » (Mme de Motteville).

Une cour jeune, avide de plaisirs. – Louis XIV a 22 ans tout comme Marie-Thérèse qui attend son premier enfant, Philippe en a 20, Henriette 17. Les dames d’honneur, jeunes aussi, sont toutes des « fleurs de jardin ». « Jamais je n’avais vu la cour plus belle qu’elle ne parut alors » (Mme de Motteville). « Le roi était aimable, jeune, galant, magnifique » (abbé de Cosnac).
En avril, le roi et la reine partent s’installer à Fontainebleau. La cour y prend ses quartiers d’été.

« On se réjouit bien et beau,
Maintenant dans Fontainebleau,
A tout chagrin, on fait la moue,
On court, on rit, on danse, on joue.
On cause au bord des claires-eaux,
On y fait concerts et cadeaux,
L’on s’y promène, l’on y chasse. »
(Loret, La Muse historique, 7 mai 1661).

Monsieur et Madame demeurent quelques temps à Paris. « Monsieur et sa chère Princesse,/ goûtent à gogo, l’allégresse,/ et les passe-temps infinis,/ des cœurs nouvellement unis » écrit Loret dans La Muse historique du 14 mai 1661. Est-ce si sûr ? Monsieur dit un jour à sa cousine, la Grande Mademoiselle, « je n’ai aimé ma femme que quinze jours ».

Henriette, couverte de bijoux par son époux, est la femme la plus élégante de la cour. Elle choisit ses dames d’honneur : parmi elles, une certaine Mlle de Tonnay-Charente – future Madame de Montespan – et Madame de La Fayette. La vie est exquise en sa compagnie.

« Ce fut alors que toute la France se trouva chez elle ; tous les hommes ne pensaient qu’à lui faire leur cour, et toutes les femmes qu’à lui plaire.
[…] Toutes ces dames passaient les après-dînées chez Madame. Elles avaient l’honneur de la suivre au Cours ; au retour de la promenade, on soupait chez Monsieur ; après le souper, tous les hommes de la Cour s’y rendaient et on passait le soir parmi les plaisirs de la comédie, du jeu et des violons. Enfin, on s’y divertissait avec tout l’agrément imaginable et sans nul mélange de chagrin. » (Mme de La Fayette).

Un été merveilleusement galant.- Monsieur et Madame rejoignent la cour à Fontainebleau. Henriette est au cœur des plaisirs, baignades et autres divertissements. Louis porte un autre regard sur Henriette, devenue une jeune femme fort séduisante et fort séduite par son beau-frère.

« Monsieur et Madame s’en allèrent à Fontainebleau. Madame y porta la joie et les plaisirs. Le Roi connut, en la voyant de plus près, combien il avait été injuste en ne la trouvant pas la plus belle personne du monde. Il s’attacha fort à elle et lui témoigna une complaisance extrême. Elle disposait de toutes les parties de divertissement ; elles se faisaient toutes pour elle, et il paraissait que le Roi n’y avait de plaisir que par celui qu’elle en recevait. C’était dans le milieu de l’été : Madame s’allait baigner tous les jours ; elle partait en carrosse, à cause de la chaleur, et revenait à cheval suivie de toutes les dames habillées galamment, avec mille plumes sur leur tête, accompagnées du Roi et de la jeunesse de la Cour ; après souper, on montait dans des calèches et, au bruit des violons, on s’allait promener une partie de la nuit autour du canal » (Mme de La Fayette).

Les plaisirs le jour, les repas et les promenades le soir et la nuit venue, tout est propice à la galanterie et à la volupté. Louis et Henriette tombent-ils amoureux l’un de l’autre ?

« L’attachement que le Roi avait pour Madame commença bientôt à faire du bruit et à être interprété diversement ».
[…] Je crois qu’elle lui plut d’une autre manière ; je crois aussi qu’elle pensa qu’il ne lui plaisait que comme un beau-frère, quoiqu’il lui plût peut-être davantage ; mais enfin, comme ils étaient tous deux infiniment aimables et tous deux nés avec des dispositions galantes, qu’ils se voyaient tous les jours, au milieu des plaisirs et des divertissements, il parut aux yeux de tout le monde qu’ils avaient l’un pour l’autre cet agrément qui précède les grandes passions.
[…] Cependant le Roi et Madame, sans s’expliquer entre eux de qu’ils sentaient l’un pour l’autre continuèrent de vivre d’une manière qui ne laissait douter à personne qu’il n’y eût entre eux plus que de l’amitié. » (Mme de La Fayette).

Et « pendant ce temps, « le Chevalier de Lorraine fait comme on peint les anges, se donne à Monsieur et devient bientôt le favori, le maître » nous enseigne l’abbé de Cosnac.

L’invitation de Fouquet – Monsieur, Madame et Henriette de France assistent, le 11 mai 1661, à Vaux-le-Vicomte à L’Ecole des maris de Molière, « pièce nouvelle et fort prisée » qui « charme à présent le tout Paris », présentée par la « troupe de Monsieur ». Fouquet a donné quantité de « régales », mêlés de « concerts et de mélodies » nous raconte Loret dans la Muse Historique.
Deux jours plus tard, la « troupe de Monsieur » joue L’Ecole des maris et Le Cocu à Fontainebleau pour la première fois devant le roi. Loret en témoigne dans son langage fleuri.
« Si riant et si beau
Qu’il fallut qu’à Fontainebleau
Cette troupe ayant la pratique
Du sérieux et du comique.
Pour reines et roi contenter
L’allât encore représenter ».

Le stratagème du « chandelier ». – Les courtisans jasent. Anne d’Autriche demande à son fils de se modérer : la galanterie ne saurait se transformer en adultère, qui plus est avec la femme de son second fils. Henriette propose à Louis le stratagème du « chandelier », il doit faire semblant de courtiser une jeune fille de l’entourage d’Henriette pour détourner ainsi l’attention. Trois jeunes filles sont choisies, parmi lesquelles la jeune Louise de La Vallière, demoiselle d’atour de Madame. Que croyez-vous qu’il arriva ? Dès juillet 1661, Louis tombe amoureux de Louise.

Ballet Les Saisons.- Le 26 juillet 1661, la cour danse : Louis danse le Printemps, Henriette Diane. La musique est de Lulli, le livret de Benserade, les fontaines de Vigarani qui récupère la charge d’ingénieur du roi, jusque-là détenue par Torelli.

« L’on répétait alors à Fontainebleau un ballet que le Roi et Madame dansèrent, et qui fut le plus agréable qui ait jamais été, soit par le lieu où il se dansait, qui était le bord de l’étang, ou par l’invention qu’on avait trouvée de faire venir du bout d’une allée le théâtre tout entier, chargé d’une infinité de personnes qui s’approchaient insensiblement et qui faisaient une entrée en dansant devant le théâtre. » (Mme de La Fayette).

« Ce n’était que festins, danses et fêtes galantes. Le comte de Saint-Aignan, toujours lui-même, se distinguait entre tous les autres. Il fit dresser un théâtre dans une allée du parc de Fontainebleau, ; il y avait des fontaines naturelles, des perspectives, une collation par ordre. On y représenta une comédie nouvelle ; et la fête enfin fût si magnifique qu’on soupçonna qu’il n’était que l’ordonnateur. Le Roi, la Reine et les dames s’y trouvèrent, et en furent fort satisfaits. » (abbé de Cosnac).

La fête de Vaux.- Le 17 août 1661, toute la cour est invitée à Vaux-le-Vicomte par Fouquet. Louis XIV arrive chez Fouquet entouré des gardes françaises ; les reines en carrosse, Madame en litière, suivis de la plupart des seigneurs et dames de la cour.

« Toute la Cour alla à Vaux et Monsieur Foucquet joignit à la magnificence de sa maison toute celle qui peut être imaginée pour la beauté des divertissements et la grandeur de la réception. Le Roi en arrivant en fut étonné, et Monsieur Foucquet le fut de remarquer que le Roi l’était ; néanmoins ils se remirent l’un et l’autre. La fête fut la plus complète qui ait jamais été. Le Roi était alors dans la première ardeur de la possession de La Vallière ; l’on a cru que ce fut là qu’il la vit pour la première fois en particulier ; mais il y avait déjà quelque temps qu’il la voyait dans la chambre du comte de Saint-Aignan, qui était le confident de cette intrigue. » (Mme de La Fayette).

« Ils ont été traités avec toute la magnificence imaginable, la bonne chère ayant été accompagnée du divertissement d’un fort agréable ballet, de la comédie et d’une infinité de feux d’artifice dans les jardins de cette belle et agréable maison, de manière que ce superbe régal se trouva assorti de tout ce qui se peut souhaiter dans les plus délicieux, et que Leurs Majestés, qui n’en partirent qu’à deux heures après minuit, à la clarté du grand nombre de flambeaux, témoignèrent en être merveilleusement satisfaites » (Loret, la Gazette, 18 août 1661).

Ballets de cour. – Durant les années 1663 à 1669, Henriette figure aux côtés de Louis XIV dans tous les ballets dansés par la cour, participe à toutes les fêtes et festins. La reine ne participe qu’en spectatrice à la plupart des divertissements : Marie-Thérèse n’aime pas danser, n’a aucun goût pour cela. Grâce à son rang, Henriette devient la suppléante de la reine ; elle ouvre le bal avec le roi. C’est elle qu’on admire, c’est elle dont on se souvient. Le rang de Madame la met au-dessus des deux favorites du roi, Louise de La Vallière d’abord, Françoise Athénaïs de Montespan ensuite.

Protectrice des arts et des lettres. – Henriette aime la littérature – romans et théâtre -. « L’on croyait avoir atteint à la perfection quand on avait su lui plaire ».
Tous les auteurs les plus brillants
Tremblent en portant leurs talents
Au fameux polissoir de sa belle ruelle. (Robinet)

Molière lui dédie la publication de l’Ecole des femmes, lors de sa sortie, le 17 mars 1663.

« De quelque côté qu’on vous regarde, on rencontre gloire sur gloire et qualités sur qualités. Vous en avez, Madame, du côté du rang et de la naissance, qui vous font respecter de toute la terre. Vous en avez du côté des grâces et de l’esprit et du corps qui vous font admirer de toutes les personnes qui vous voient. Vous en avez du côté de l’âme qui, si l’on ose parler ainsi, vous font aimer de tous ceux qui ont l’honneur d’approcher de vous ; je veux dire cette douceur pleine de charmes dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez ; cette bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse, que vous faites paraître pour tout le monde ; et ce sont particulièrement, ces dernières pour qui je suis et dont je sens que je ne me pourrai taire quelque jour ».

Molière, toujours protégé par Henriette : elle fait venir la troupe du roi jouer Tartuffe chez elle à la place de Versailles. Le 18 juin 1670, elle assiste pour la dernière fois à une représentation de la troupe du roi. Lagrange note dans son registre : « reçu de M. le duc d’Orléans pour plusieurs visites, 1320 livres ».

Henriette apprécie aussi Racine : « elle est l’arbitre de tout ce qui se fait d’agréable », qui lui rend hommage dans la dédicace d’Andromaque dont elle assiste à la première représentation dans l’appartement de la reine le 17 novembre 1667. Elle met encore Racine et Corneille en compétition pour écrire une pièce dont le sujet est la séparation d’un roi de la femme qui l’aime. Elle est déjà morte quand Bérénice et Tite et Bérénice sont jouées pour la première fois.

« Madame se meurt, Madame est morte ». – Fin juin 1670, c’est le drame, comme en témoigne Madame de La Fayette :

« Le 24 juin de l’année 1670, huit jours après son retour d’Angleterre, Monsieur et elle allèrent à Saint-Cloud. Le premier jour qu’elle y alla, elle se plaignit d’un mal de côté et d’une douleur dans l’estomac, à laquelle elle était sujette. Néanmoins, comme il faisait extrêmement chaud, elle voulut se baigner dans la rivière. Monsieur Yvelin, son premier médecin, fit tout ce qu’il put pour l’en empêcher ; mais, quoi qu’il lui pût dire, elle se baigna le vendredi, et le samedi elle s’en trouva si mal qu’elle ne se baigna point.
[…] Le lendemain, dimanche 29 juin, elle se leva de bonne heure et descendit chez Monsieur qui se baignait ; elle fut longtemps auprès de lui, et, en sortant de sa chambre, elle entra dans la mienne…

Madame de Gamaches lui apporta … un verre de chicorée qu’elle avait demandé … Elle le but ; et, en remettant d’une main la tasse sur la soucoupe, de l’autre elle se prit le côté et dit avec un ton qui marquait beaucoup de douleur : « Ah ! quel point de côté ; ah ! quel mal. Je n’en puis plus ».

Elle rougit en prononçant ces paroles, et, dans le moment d’après, elle pâlit d’une pâleur livide qui nous surprit tous ; elle continua de crier et dit qu’on l’emportât, comme ne pouvant plus se soutenir. […]
On la mit au lit ; et, sitôt qu’elle y fut, elle cria encore plus qu’elle n’avait fait et se jeta d’un côté et d’un autre, comme une personne qui souffrait infiniment…. Cependant les douleurs étaient inconcevables ; Madame dit que son mal était plus considérable qu’on ne pensait, qu’elle allait mourir, qu’on lui allât quérir un confesseur. […]
Il sembla qu’elle avait une certitude entière de sa mort et qu’elle s’y résolut comme à une chose indifférente…. Elle ne songeait plus à la vie et ne pensait qu’à souffrir ses douleurs avec patience. […]
Lorsque le Roi arriva, Madame était dans ce redoublement de douleurs que lui avait causé le bouillon. … Cependant le Roi était auprès de Madame ; elle lui dit qu’il perdait la plus véritable servante qu’il aurait jamais. Il lui dit qu’elle n’était pas en si grand péril, mais qu’il était étonné de sa fermeté, et qu’il la trouvait grande. Elle lui répliqua qu’il savait bien qu’elle n’avait jamais craint la mort, mais qu’elle avait craint de perdre ses bonnes grâces. […]
Le Roi voyant que, selon les apparences, il n’y avait rien à espérer, lui dit adieu en pleurant. Elle lui dit qu’elle le priait de ne point pleurer, qu’il l’attendrissait et que la première nouvelle qu’il aurait le lendemain serait celle de sa mort. […]
Le Roi s’en alla, et les médecins déclarèrent qu’il n’y avait aucune espérance. […]
Son agonie n’eut qu’un moment ; et, après deux ou trois petits mouvements convulsifs dans la bouche, elle expira à deux heures et demie du matin, et nef heures après avoir commencé à se trouver mal » (Mme de La Fayette).

Le 21 août 1670, dans l’église Saint-Denis, Bossuet prononce l’oraison funèbre de Henriette-Anne d’Angleterre :

« Princesse, le digne objet de l’admiration de deux grands royaumes, n’était-ce pas assez que l’Angleterre pleurât votre absence, sans être encore réduite à pleurer votre mort ? Et la France, qui vous revit, avec tant de joie, environnée d’un nouvel éclat, n’avait-elle plus d’autres pompes et d’autres triomphes que vous, au retour de ce voyage fameux, d’où vous aviez remporté tant de gloire et de si belles espérances ? […]
Mais cette princesse, née sur le trône, avait l’esprit et le cœur plus haut que sa naissance. Les malheurs de sa maison n’ont pu l’accabler dans sa première jeunesse, et dès lors on voyait en elle une grandeur qui ne devait rien à la fortune. Nous disions avec joie que le ciel l’avait arrachée, comme par miracle, des mains des ennemis du roi son père pour la donner à la France ; don précieux, inestimable présent, si seulement la possession en avait été plus durable ! Mais pourquoi ce souvenir vient-il m’interrompre ? Hélas ! nous ne pouvons un moment arrêter les yeux sur la gloire de la princesse sans que la mort s’y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre. […]
Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l’image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : Le roi pleurera, le prince sera désolé et les mains tomberont au peuple de douleur et d’étonnement. […]
Madame a passé du matin au soir, ainsi que l’herbe des champs. Le matin, elle fleurissait ; avec quelles grâces, vous le savez ; le soir, nous la vîmes séchée ; et ces fortes expressions par lesquelles l’Ecriture sainte exagère l’inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales ! ».

Sources : Madame de La Fayette, Histoire de Madame, Henriette d’Angleterre, Mercure de France, le temps retrouvé ; ss la dir. de J. Bély, Dictionnaire de Louis XIV, Robert Laffont, coll. Bouquins ; Bossuet, Recueil des oraisons funèbres, Antoine Blacre, 1816.

post

La Gazette de Soracha – n° 5 : Parade

Parade : une oeuvre d’art totale, synthèse créative d’artistes devenus illustres depuis.


Parade. Ballet réaliste en un tableau

Le Rideau rouge de Picasso. Rideau de scène pour le Ballet Parade.

18 mai 1917. – Est donnée en matinée au Théâtre du Châtelet la première de Parade. Ballet réaliste en un tableau, présenté par les Ballets Russes de Serge de Diaghilev, sur un argument de Jean Cocteau, illustré musicalement par Erik Satie, avec des décors et des costumes de Pablo Picasso, une chorégraphie de Léonide Masside. Sans oublier le programme écrit par Guillaume Apollinaire.

Au commencement. – A l’origine du ballet Parade, il y a un homme : Serge de Diaghilev. Une personnalité hors du commun. Né à Perm en Russie en 1872, élève de Rimski-Korsakov, fondateur du groupe Mir Iskousstva (Le Monde de l’Art) avec Léon Bakst et Alexandre Benois en 1898 et de la revue du même nom l’année suivante, Diaghilev arrive à Paris en 1906. Il fait découvrir au public parisien la musique russe par des concerts en 1907 et des opéras en 1908 avant de présenter le ballet Le Pavillon d’Armide avec Bakst et Benois le 18 mai 1909 au Théâtre de Châtelet puis de créer les “Ballets Russes” en 1911.

Read More

post

Deux expositions : Eugène Delacroix au Louvre et au Musée Delacroix

Bat, Le Rat et Pompona sont allés admirer l’Oeuvre de Delacroix au Louvre et au Musée Delacroix.

Difficile de contester l’apport de ce géant de la peinture française et la maestria des grandes toiles de l’artiste. Qui n’a jamais vu La Liberté guidant le peuple ? Impossible de ne pas encourager les lecteurs à (re)découvrir les oeuvres de cet artiste exceptionnel.

Eugène Delacroix, Le 28 juillet 1830. La liberté guidant le peuple, Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

L’exposition au Louvre “propose une vision des motivations susceptibles d’avoir inspiré et dirigé son activité picturale au fil de sa longue carrière, déclinée en trois grandes périodes.

– De 1822 à 1834, une décennie régie par l’appétit de nouveauté, de gloire et de liberté ;
– de 1835 à 1855, la révélation de la peinture murale, en dialogue avec la tradition et l’apothéose lors de l’Exposition universelle de 1855 ;
– enfin les dernières années, jusqu’en 1863, ouvertes sur le paysage et sensibles au rôle créateur de la mémoire.” (dossier de presse)

 

Bat vous propose toutefois un autre regard, celui d’une contemporaine d’Eugène Delacroix, admiratrice inconditionnelle de l’artiste, grande amie du peintre : George Sand. En témoigne cette lettre du 5 janvier 1853 à Théophile Silvestre qui se propose d’écrire un ouvrage sur Delacroix :

« Monsieur, Je saisis avec plaisir l’occasion que vous m’offrez de vous encourager dans un travail dont M. Eugène Delacroix est l’objet, puisque vous partagez l’admiration et l’affection qu’il inspire à ceux qui le comprennent et à ceux qui l’approchent.
Il y a 20 ans que je suis liée avec lui et par conséquent heureuse de pouvoir dire qu’on doit le louer sans réserve, parce que rien dans la vie de l’homme n’est au-dessous de la mission si largement remplie du maître. […] Je ne vous apprendrai pas non plus que son esprit est aussi brillant que sa couleur, et aussi franc que sa verve. Pourtant cette aimable causerie et cet enjouement qui sont dus à l’obligeance du cœur dans l’intimité, cachent un fonds de mélancolie philosophique, inévitable résultat de l’ardeur du génie aux prises avec la netteté du jugement. Personne n’a senti comme Delacroix le type douloureux de Hamlet. Personne n’a encadré dans une lumière plus poétique, et posé dans une attitude plus réelle, ce héros de la souffrance, de l’indignation, du doute et de l’ironie, qui fut pourtant, avant ses extases, le miroir de la mode et le monde de la forme [Shakespeare, Hamlet, III, 1. Delacroix a travaillé de 1834 à 1843 à une série de 16 lithographies inspirées d’Hamlet et a consacré plusieurs tableaux et dessins à des scènes de ce drame], c’est-à-dire, en son temps, un homme du monde accompli. […] Delacroix, vous pouvez l’affirmer, est un artiste complet. Il goûte et comprend la musique d’une manière si supérieure qu’il eût été très probablement un grand musicien s’il n’eût pas choisi d’être un grand peintre. Il n’est pas moins bon juge en littérature et peu d’esprit sont aussi ornés et aussi nets que le sien. Si son bras et sa vue venaient à se fatiguer, il pourrait encore dicter, dans une très belle forme, des pages qui manquent à l’histoire de l’art, et qui resteraient comme des archives à consulter pour tous les artistes de l’avenir. […]
Aujourd’hui la plupart de ceux qui lui contestaient sa gloire au début, rendent pleine justice à des dernières peintures monumentales, et comme de raison, les plus compétents sont ceux qui, de meilleur cœur et de meilleure grâce, le proclament vainqueur de tous les obstacles, comme son Apollon sur le char fulgurant de l’allégorie [Plafond pour la galerie d’Apollon au Louvre].
[…] Je possède en effet plusieurs pensées de ce rare et fécond génie.
– Une sainte Anne enseignant la Vierge enfant, qui a été faite chez moi à la campagne et exposée l’année suivante (1845 ou 1846) au musée. C’est un ouvrage important, d’une couleur superbe, et d’une composition sévère et naïve. [L’Education de la vierge]
– Une splendide esquisse de fleurs d’un éclat et d’un relief incomparables. Cette esquisse a été également faite pour moi et chez moi.
– La confession du Giaour mourant, un véritable petit chef-d’œuvre. [donné à Sand en 1840]
– Un Arabe gravissant la montagne pour surprendre un lion.
– Cléopâtre recevant l’aspic caché au milieu des fruits éblouissants que lui présente l’esclave basané, riant de ce rire insouciant que lui prête Shakespeare, ce contraste dramatique avec le calme désespoir de la belle reine a inspiré Delacroix d’une manière saisissante.
– Un intérieur de carrières.
– Une composition tirée du roman Lélia, d’un effet magique.
– Une composition au pastel sur le même sujet, enfin plusieurs aquarelles, pochades, dessins et croquis au crayon et à la plume, voire des caricatures. Tel est mon petit musée où le moindre trait de cet main féconde est conservé par mon fils et par moi avec la religion de l’amitié. »

Dans Histoire de ma vie, Sand consacre de longues pages à Delacroix auquel le peintre a été très sensible comme en témoigne cet extrait de lettre du 25 juillet 1855 adressée par George Sand à son ami :

« Cher ami, que je suis donc heureuse de vous avoir fait un peu de plaisir. Il faudra que vous relisiez ce chapitre dans l’exemplaire en volume […]. Je vous enverrai donc tout l’ouvrage quand il sera complet. […]
J’ai revu toute votre œuvre, je n’ai guère regardé autre chose, et je suis sortie de là vous mettant toujours, sans hésitation et sans crainte d’aucune partialité, à côté des plus grands dans l’histoire de la peinture et au-dessus, mais à deux cent mille pieds au-dessus de tous les vivants.
En rentrant chez moi, j’ai trouvé l’épreuve du chapitre de mes mémoires que j’avais écrit à Nohant avant mon départ. Je l’ai relu bien tranquillement et loin d’avoir à en retrancher un mot, j’en aurais mis le double si je n’avais craint de vous faire assassiner. J’ai dû me faire pas mal d’ennemis dans la peinture, mais je m’en fiche pas mal aussi. »

Bat vous suggère la lecture des extraits suivants d’Histoire de ma Vie :

La barque de Dante

Eugène Delacroix, Dante et Virgile aux Enfers. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Rau

« Eugène Delacroix fut un de mes premiers amis dans le monde des artistes, et j’ai le bonheur de le compter toujours parmi mes vieux amis. Vieux, on le sent, est le mot relatif à l’ancienneté des relations, et non à la personne. Delacroix n’a pas et n’aura pas de vieillesse. C’est un génie et un homme jeune. Bien que, par une contradiction originale et piquante, son esprit critique sans cesse le présent et raille l’avenir, bien qu’il se plaise à connaître, à sentir, à deviner, à chérir exclusivement les œuvres et souvent les idées du passé, il est, dans son art, l’innovateur et l’oseur par excellence. Pour moi, il est le premier maître de ce temps-ci, et, relativement à ceux du passé, il restera un des premiers dans l’histoire de la peinture.[…]
[…] Le grand maître dont je parle est donc mélancolique et chagrin dans sa théorie, enjoué, charmant, bon enfant au possible dans son commerce. Il démolit sans fureur et raille sans fiel, heureusement pour ceux qu’il critique ; car il a autant d’esprit que de génie, chose à quoi l’on ne s’attend pas en regardant sa peinture, où l’agrément cède la place à la grandeur, et où la maestria n’admet pas la gentillesse et la coquetterie. Ses types sont austères ; on aime à les regarder bien en face : ils vous appellent dans une région plus haute que celle où l’on vit. Dieux, guerriers, poètes ou sages, ces grandes figures de l’allégorie ou de l’histoire qu’il a traitées vous saisissent par une allure formidable ou par un calme olympien. Il n’y a pas moyen de penser, en les contemplant, au pauvre modèle d’atelier, qu’on retrouve dans presque toutes les peintures modernes, sous le costume d’emprunt à l’aide duquel on a vainement tenté de le transformer. Il semble que, si Delacroix a fait poser des hommes et des femmes, il ait cligné les yeux pour ne pas les voir trop réels.
Et cependant ses types sont vrais, quoique idéalisés dans le sens du mouvement dramatique ou de la majesté rêveuse. Ils sont vrais comme les images que nous portons en nous-mêmes quand nous nous représentons les dieux de la poésie ou les héros de l’antiquité. Ce sont bien des hommes, mais non des hommes vulgaires comme il plaît au vulgaire de les voir pour les comprendre. Ils sont bien vivants, mais de cette vie grandiose, sublime ou terrible dont le génie seul peut retrouver le souffle.

Eugene Delacroix, Jeune tigre jouant avec sa mere. 1830. Salon de 1831. Huile sur toile. 130 x 195 cm. Musée du Louvre © RMN- Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Je ne parle pas de la couleur de Delacroix. Lui seul aurait peut-être la science et le droit de faire la démonstration de cette partie de son art, où ses adversaires les plus obstinés n’ont pas trouvé moyen de le discuter ; mais parler de la couleur en peinture, c’est vouloir faire sentir et devenir la musique par la parole. Décrira-t-on le Requiem de Mozart ? On pourrait bien écrire un beau poème en l’écoutant ; mais ce ne serait qu’un poème et non une traduction ; les arts ne se traduisent pas les uns par les autres. Leur lien est serré étroitement dans les profondeurs de l’âme ; mais, ne parlant pas la même langue, ils ne s’expliquent mutuellement que par de mystérieuses analogies. Ils se cherchent, s’épousent et se fécondent dans des ravissements où chacun d’eux n’exprime que lui-même.
« Ce qui fait le beau de cette industrie-là, me disait gaiement Delacroix lui-même dans une de ses lettres,consiste dans des choses que la parole n’est pas habile à exprimer. – Vous me comprenez de reste, ajoute-t-il ; et une phrase de votre lettre me dit assez combien vous sentez les limites nécessaires à chacun des arts, limites que messieurs vos confrères franchissent parfois avec une aisance admirable. »
Il n’y a guère moyen d’analyser la pensée dans quelque art que ce soit, si ce n’est à travers une pensée de même ordre. Du moment qu’on veut rapetisser à sa propre mesure, quand on est petit, les grandes pensées des maîtres, on erre et on divague sans entamer en rien le chef-d’œuvre : on a pris une peine inutile.
Quant à disséquer leur procédé, soit pour le louer, soit pour le blâmer, l’étalage des termes techniques que la critique introduit plus ou moins adroitement dans ses argumentations sur la peinture et la musique n’est qu’un tour de force réussi ou manqué. Manqué, ce qui arrive souvent à ceux qui parlent du métier sans en comprendre les termes et en les employant à tort et à travers, le tour fait rire les plus humbles praticiens. Réussi, il n’initie en rien le public à ce qu’il lui importe de sentir, et n’apprend rien aux élèves attentifs à saisir les secrets de la maîtrise. Vous leur direz en vain les procédés de l’artiste, et devant ces naïfs rapins qui s’extasient sur un petit coin de la toile en se demandant avec stupeur comment cela est fait, vous exposerez en vain la théorie savante des moyens employés ; vous fussent-ils révélés par la propre bouche du maître ils seront parfaitement inutiles à celui qui ne saura pas les mettre en œuvre. S’il n’a pas de génie, aucun moyen ne lui servira ; s’il a du génie, il trouvera ses moyens tout seul, ou se servira à sa manière de ceux d’autrui, qu’il aura compris ou devinés sans vous. Les seuls ouvrages d’art sur l’art qui aient de l’importance et qui puissent être utiles sont ceux qui s’attachent à développer les qualités de sentiment des grandes choses et qui la là élèvent et élargissent le sentiment des lecteurs. Sous ce point de vue, Diderot a été grand critique, et, de nos jours, plus d’un critique a encore écrit de belles et bonnes pages. Hors de là, il n’y a qu’efforts perdus et pédantisme puéril.
[…]
On peut bien croire que l’inintelligence du siècle a fait mortellement souffrir cette âme enthousiaste des grandes choses. Heureusement la gaieté charmante de son esprit l’a préservé de la souffrance qui aigrit. Quant à celle qui énerve, le géant était trop fortement trempé pour la connaître. Il a résolu le problème de prendre son essor entier, un essor victorieux immense et qui laisse le parlage et le paradoxe loin sous ses pieds, comme cette fulgurante figure d’Apollon qu’il a jetée aux voûtes du Louvre oublie, dans la splendeur des cieux, les chimères qu’il vient de terrasser. Il a résolu ce problème sans perdre la jeunesse de son âme, la générosité et la droiture de ses instincts, le charme de son caractère, la modestie et le bon goût de son attitude.

Hamlet et les sorcières

Eugène Delacroix, Macbeth et les sorcières (premier état, avant la lettre et avant la signature). 1825. Lithographie. 33 x 25,7 cm. Francfort, Stadelisches Kunstinstitut und Stadt. Gallerie © Städel Museum – U. Edelmann – ARTOTHEK

Delacroix a traversé plusieurs phases de son développement en imprimant à chaque série de ses ouvrages le sentiment profond qui lui était propre. Il s’est inspiré du Dante, de Shakespeare et de Goethe, et les romantiques, ayant trouvé en lui leur plus haute expression, ont cru qu’il appartenait exclusivement à leur école. Mais une telle fougue de création ne pouvait s’enfermer dans un cercle ainsi défini. Elle a demandé au ciel et aux hommes de l’espace, de la lumière, des lambris assez vastes pour contenir ses compositions, et s’élançant alors dans le monde de on idéal complet, elle a tiré de l’oubli, où il était question de les reléguer, les allégories de l’antique Olympe, qu’elle a mêlées, en grand historien de la poésie, à l’illustration des génies de tous les siècles. Delacroix a rajeuni ce monde évanoui ou travesti par de froides traditions, au feu de son interprétation brûlante. Autour de ces personnifications surhumaines, il a créé un monde de lumière et d’effets, que le mot couleur ne suffit peut-être pas à exprimer pour le public, mais qu’il est forcé de sentir dans l’effroi, le saisissement ou l’éblouissement qui s’emparent de lui à un tel spectacle. Là éclate l’individualité du sentiment de ce maître, enrichie du sentiment collectif des temps modernes, dont la source cachée au fond des esprits supérieurs grossit toujours à travers les âges.
Il y aura néanmoins toujours un ordre d’esprits systématiques qui reprocheront à Delacroix de n’avoir pas présenté à leurs sens le joli, le gracieux, la forme voluptueuse, l’expression caressante comme ils l’entendent. Reste à savoir s’ils l’entendent bien, et si, dans cette région de la fantaisie, ils sont compétents à discerner le faux du vrai, le naïf du maniéré. J’en doute. Ceux qui comprennent réellement le Corrège, Raphaël, Watteau, Proudhon, comprennent tout aussi bien Delacroix. La grâce a son siège et la puissance a le sien. D’ailleurs les grâces sont des divinités à mille faces. Elles sont lascives ou chastes selon l’œil qui les voit, selon l’âme qui les formule. Le génie de Delacroix est sévère, et quiconque n’a pas un sentiment capable d’élévation ne le goûtera jamais entièrement. Je crois qu’il y est tout résigné.
Mais quelle que soit la critique, il laissera un grand nom et de grandes œuvres. Quand on le voit pâle, frêle, nerveux et se plaignant de mille petits maux obstinés à le tenir en haleine, on s’étonne que cette délicate organisation ait pu produire avec une rapidité surprenante, à travers des contrariétés et des fatigues inouïes, des œuvres colossales. Et pourtant elles sont là, et elles seront suivies, s’il plaît à Dieu, de beaucoup d’autres, car le maître est de ceux qui se développent jusqu’à la dernière heure et dont on croit en vain saisir le dernier mot à chaque nouveau prodige.

Eugène Delacroix, Autoportrait au gilet vert. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Delacroix n’a pas été seulement grand dans son art, il a été grand dans sa vie d’artiste. Je ne parle pas de ses vertus privées, de son culte pour sa famille, de ses tendresses pour ses amis malheureux, des charmes solides de son caractère, en un mot. Ce sont là des mérites individuels que l’amitié ne publie pas à son de trompe. Les épanchements de son cœur dans ses admirables lettres feraient ici un beau chapitre qui le peindrait mieux que je ne sais le faire. Mais les amis vivants doivent-ils être ainsi révélés, même quand cette révélation ne peut être que la glorification de leur être intime ? Non, je ne le pense pas. L’amitié a sa pudeur, comme l’amour a la sienne. Mais ce qui en Delacroix appartient à l’appréciation publique pour le profit que portent les nobles exemples, c’est l’intégrité de sa conduite ; c’est le peu d’argent qu’il a voulu gagner, la vie modeste et longtemps gênée qu’il a acceptée plutôt que de faire aux goûts et aux idées du siècle (qui sont bien souvent celles des gens en place) la moindre concession à ses principes d’art. C’est la persévérance héroïque avec laquelle, souffrant, malingre, brisé en apparence, il a poursuivi sa carrière, riant des sots dédains, ne rendant jamais le mal pour le mal, malgré les formes charmantes d’esprit et de savoir-vivre qui l’eussent rendu redoutable dans ces luttes sources et terribles de l’amour-propre ; se respectant lui-même dans les moindres choses, ne boudant jamais le public, exposant chaque année au milieu d’un feu croisé d’invectives, qui eût étourdi ou écœuré tout autre ; ne se reposant jamais, sacrifiant ses plaisirs les plus purs, car il aime et comprend admirablement les autres arts, à la loi impérieuse d’un travail longtemps infructueux pour son bien-être et son succès ; vivant, en un mot, au jour le jour, sans envier le faste ridicule dont s’entourent les artistes parvenus, lui dont la délicatesse d’organes et gouts se fût si ben accommodée pourtant d’un peu de luxe et de repos !
Dans tous les temps, dans tous les pays, on cite les grands artistes qui n’ont rien donné à la vanité ou à l’avarice, rien sacrifié à l’ambition, rien immolé à la vengeance. Nommer Delacroix, c’est nommer un de ces hommes purs dont le monde croit assez dire en les déclarant honorables, faute de savoir combien la tâche est rude au travailleur qui succombe et au génie qui lutte.

Lettre du 30 mai 1842 de Delacroix à Sand. © Le Rat/Soraca

Je n’ai point à faire l’historique de nos relations ; elle est dans ce seul mot, amitié sans nuages. Cela est bien rare et bien doux, et entre nous cela est d’une vérité absolue. Je ne sais si Delacroix a des imperfections de caractère. J’ai vécu près de lui dans l’intimité de la campagne et dans la fréquence des relations suivies, sans jamais apercevoir en lui une seule tache, si petite qu’elle fût. Et pourtant nul n’est plus liant, plus naïf et plus abandonné dans l’amitié. Son commerce a tant de charmes qu’après de lui on se trouve soi-même être sans défauts, tant il est facile d’être dévoué à qui le mérite si bien. Je lui dois en outre, bien certainement, les meilleures heures de purs délices que j’aie goûtées en tant qu’artiste. Si d’autres grandes intelligences m’ont initiée à leurs découvertes et à leurs ravissements dans la sphère d’un idéal commun, je peux dire qu’aucune individualité d’artiste ne m’a été aussi plus sympathique et, si je puis parler ainsi, plus intelligible dans son expansion vivifiante. Les chefs-d’œuvre qu’on lit, qu’on voit ou qu’on entend ne vous pénètrent jamais mieux que doublés en quelque sorte dans leur puissance par l’appréciation d’un puissant génie. En musique et en poésie comme en peinture Delacroix est égal à lui-même, et tout ce qu’il dit quand il se livre est charmant ou magnifique sans qu’il s’en aperçoive”.

George Sand, Histoire de ma vie, Tome V, chapitre 5, extraits choisis.

 

Source : Gallica.bnf.fr
Sources iconographiques : dossier de presse Louvre – Lettre de Delacroix à Sand : © Le Rat / Soracha
post

Les Flâneries de Soracha – n°4 : Hommage printanier à Eugène Delacroix

A la recherche d’Eugène Delacroix.

En hommage à Eugène Delacroix né le 26 avril 1898, Bat, Le Rat et Pompona sont partis sur les traces du peintre à travers Paris.

Eugène Delacroix, Autoportrait au gilet vert. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Première étape : le Musée du Louvre. L’Exposition présentée jusqu’au 23 juillet 2018 “invite le public à faire connaissance avec une personnalité attachante, éprise de gloire et acharnée de travail, curieuse, critique et cultivée, virtuose de l’écriture autant que de la peinture et du dessin.” (dossier de presse)

Dans la foulée : ne manquez pas le parcours dans les salles du Musée du Louvre. Rendez-vous à la Galerie d’Apollon : levez le nez pour admirer Apollon vainqueur du serpent Python. Poursuivez votre visite, au 1er étage salle Mollien dans l’Aile Denon, pour contempler les deux grandes toiles de Delacroix La Mort de Sardanapale, La Prise de Constantinople ainsi que Le Christ au jardin des Oliviers habituellement exposé dans le transept de l’église Saint-Paul-Saint-Louis (4e). Terminez par le 2e étage de l’Aile Sully avec La Bataille de Poitiers, le Portrait de Chopin et l’une des versions ultérieures de Médée furieuse.

Deuxième étape : le Musée Delacroix (Paris 6e). Le Musée présente l’exposition “Une lutte moderne. De Delacroix à nos jours” dédiée aux peintures de la Chapelle des Saints-Anges à Saint Sulpice – La Lutte de Jacob avec l’ange, Héliodore chassé du temple, Saint Michel terrassant le démon -. Elle réunit également plusieurs des créations que l’œuvre de Delacroix a inspirées aux artistes des XIXe et XXe siècles.

Troisième étape : un repos bien mérité. Lisez la Critique de Soracha.

Quatrième étape : Avant de repartir battre le pavé parisien, lisez la Gazette de Soracha n°4. Découvrez l’amitié profonde et la grande admiration que lui portait son amie George Sand.

Monument Eugène Delacroix ©Le Rat de Soracha

Cinquième étape : allez, nez au vent ! Promenez-vous – dans le Jardin du Luxembourg (Paris 6e) à la recherche du Monument à Delacroix et de la statue de sa grande amie George Sand. Vous préférez vous laisser guider? Le Rat et Pompona vous proposent diverses promenades pour petits et grands.

Terminez cet hommage printanier au Cimetière du Père-Lachaise pour vous recueillir sur la tombe de l’artiste. Et découvrez les autres amis de George Sand enterrés dans ce cimetière au cours d’une promenade tonique avec Bat la sorcière philosophe.

 

 

 

Tombe Eugène Delacroix, cimetière du Père Lachaise ©Le Rat de Soracha

Avenue Eugène Delacroix, cimetière du Père Lachaise ©Le Rat de Soracha

post

La Gazette de Soracha – n°4 : Eugène Delacroix

Le 26 avril 1798, Eugène Delacroix est né à Charenton.

Eugène Delacroix, Autoportrait au gilet vert. Vers 1837. Huile sur toile. 65 x 54 cm. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado

Jeunesse. – Le 7 floréal an VI, Eugène est né dans une famille bourgeoise à Charenton-Saint-Maurice. Son père, Charles-François Delacroix, a fait une brillante carrière politique et administrative : avocat au Parlement, secrétaire de Turgot, membre de la Convention nationale, ministre des relations extérieures sous le Directoire avant de laisser la place à Talleyrand et d’être nommé ambassadeur en Hollande à titre de compensation. Préfet à Marseille puis à Bordeaux, il meurt en 1805. Neuf ans plus tard, sa mère, Victoire Oeben, qui vient d’une famille d’artistes – ébénistes et peintres -, meurt à son tour. La famille sort ruinée de la succession.

Elève au lycée Louis-le-Grand à partir de 9 ans, le jeune Eugène a des dispositions pour la musique et le dessin. « Dès sa huitième et neuvième année, cet artiste merveilleux reproduisait les attitudes, inventait les raccourcis, dessinait et variait les contours, poursuivant, torturant, multipliant la forme sous tous les aspects avec une obstination semblable à de la fureur » rapporte son camarade de collège, Philarète Chasles.

Journal de Delacroix. – Laissons plutôt parler l’artiste. Voici ce qu’il écrit de lui-même dans son Journal :
« Je me souviens que quand j’étais enfant, j’étais un monstre. La connaissance du devoir ne s’acquiert que très lentement, et ce n’est que par la douleur, le châtiment et par l’exercice progressif de la raison, que l’homme diminue peu à peu sa méchanceté naturelle ».
« Ce qu’il y a de plus réel en moi, ce sont ces illusions que je crée avec ma peinture. Le reste est un sable mouvant ».
« Presque tous les grands hommes ont eu une vie plus traversée, plus misérable que celle des autres hommes ».
« L’homme est un animal sociable qui déteste ses semblables ».
« La gloire n’est pas un vain mot pour moi. Le bruit des éloges enivre d’un bonheur réel ; la nature a mis ce sentiment dans tous les cœurs. Ceux qui renoncent à la gloire ou qui ne peuvent y arriver font sagement de montrer, pour cette fumée, cette ambroisie des grandes âmes, un dédain qu’ils appellent philosophique. Dans ces derniers temps, les hommes ont été possédés de je ne sais quelle envie de s’ôter eux-mêmes ce que la nature leur avait donné en plus qu’aux animaux qu’ils chargent des plus vils fardeaux.  »
La peinture est le métier le plus long et le plus difficile ; il lui faut l’érudition comme au compositeur, mais il lui faut aussi l’exécution comme au violon.

Eugene Delacroix (1798-1863), George Sand habillee en homme, 1834, huile sur bois, 26 x 21,5 cm, Coll. musee national Eugène-Delacroix © Musee du Louvre, dist. RMN – Grand Palais / Philippe Fuzeau

Une amitié profonde.- Eugène Delacroix et George Sand se rencontrent en novembre 1834. A la demande de François Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes, le peintre réalise le portrait de l’écrivain pour illustrer les articles de celle-ci dans la revue. George qui a rompu avec Alfred de Musset vient de couper sa longue chevelure en signe de désespoir.
Delacroix, qualifié de “plus charmant garçon qu’il y ait au monde” par Sand, a dix ans de moins qu’elle. Une grande amitié naît entre le peintre et la romancière.
« Cher vieux, comme c’est aimable à vous d’écrire à votre vieille sœur ! Votre cœur est bien bon, bien grand, cher ami et vos yeux sont bien noirs, bien vifs, bien pénétrants. Vous le savez bien, je serais folle de vous, si je ne l’étais d’un autre [Chopin] et peut-être que vous m’aimeriez plus que tout, si d’autres fantômes en jupons ne dansaient plus gracieusement et plus coquettement, la nuit, sous le berceau de vos allées. […]
Restons bohémiens, cher œil noir, afin de rester artistes ou amoureux, les deux seules choses qu’il y ait au monde. L’amour avant tout, n’est-ce pas ? L’amour avant tout quand l’astre est en pleine lumière, l’art avant tout, quand l’astre décline. Tout cela n’est-il pas bien arrangé ? 
» (lettre du 7 septembre 1838).

Delacroix passe les étés 1842, 1843 et 1846 à Nohant où vit George en compagnie de Frédéric Chopin, de Maurice à qui il enseigne la peinture et de Solange, les enfants de la femme de lettres ainsi que de nombreux amis de passage.

“Bonsoir donc, mon bon petit. Tout le monde dort, mais tout le monde me demandera demain matin si je vous ai embrassé pour chacun, et si je vous ai bien dit que tous vous aimaient tendrement. Moi, dans le tête-à-tête, je vous embrasse pour tous et pour moi encore plus fort » (Lettre du 14 juillet 1842)

Durant le mois de juin 1842, Delacroix peint L’Education de la Vierge qu’il offre à son amie.

« La toile a été prise dans ma toilette, c’était un coutil de fil destiné à me faire des corsets. Pendant qu’il faisait cette peinture, je lui lisais des romans. Ma bonne [Françoise Caillaud] et ma filleule [Augustine Brault] posaient. Maurice copiait à mesure pour étudier le procédé du maître.» (lettre de Sand à Edouard Rodrigues, 24 février 1866)

L’été 1843, Delacroix est de retour ; il repart en août travailler aux peintures murales de la bibliothèque du Palais-Bourbon qui seront achevées en 1847. En novembre, l’artiste est malade.

“J’ai ici en ce moment mon ami Delacroix qui est un charmant et excellent homme, mais qui me croit folle au 40ème degré, quand par hasard je dis que nous sommes tous des scélérats. […] Delacroix couvre des toiles avec de la superbe couleur.» (lettre à Pierre Bocage du 20 juillet 1843)

« Je vois dans les journaux que les travaux de la Chambre doivent être finis pour la prochaine session. Vous allez en abattre et du bon. J’espère que cet hiver, vous me permettrez d’y mettre le nez ». (Lettre à Delacroix du 13 août 1843)

« Si vous étiez entre mes mains, je vous soignerais si bien que je vous rendrais fort comme un Turc. Vous m’écouteriez peut-être un peu mieux que Chopin à qui tous mes soins n’ont pu faire pousser l’ombre d’un mollet. Pauvre cher ami, guérissez donc vite, afin de venir m’embrasser bientôt rue St-Lazare.” (lettre du 4 novembre 1843)

Outre l’ami cher, Sand apprécie beaucoup les toiles du peintre et ne manque pas de lui faire savoir.

« Je me retrempe un peu avec ma sainte Anne et ma petite Vierge. Je les regarde en cachette quand je me sens défaillir, et je les trouve si vraies, si naïves, si pures que je me remets au travail avec de beaux types et des idées fraîches … » (Lettre à Delacroix du 14 juillet 1842)

« Je ne plante pas un brin d’herbe sans penser à vous, sans me rappeler comme vous aimez et comme vous appréciez les fleurs, et comme vous les sentez, et comme vous les comprenez, et comme vous les peignez. Mon beau vase [tableau de fleurs] peint par vous est encadré. Je ne l’ai pas déplacé malgré votre avis parce que si je le mets au-dessus de moi, à l’endroit où je travaille, je suis forcée de me donner un torticolis pour le voir. Au lieu que là où il est, je le vois de mon lit en m’éveillant et de ma table en écrivant, et de partout. C’est mon point de mire. Il n’y a pas une fleurette, un détail qui ne me rappelle tout ce que nous disions pendant que vous étiez à votre chevalet. » (Lettre du 4 novembre 1843)

« Cette belle Sainte-Anne et cette douce petite Vierge [L’éducation de la vierge] me font du bien, et quand quelqu’un vient m’embêter, je les regarde et n’écoute pas. […] Mon cher grand artiste […] vous avez trop d’imagination et d’émotion à dépenser tout seul […] Chopin m’interrompt là-dessus, pour me dire qu’il vous adore, ce que je vous fais passer tout chaud. » (lettre du 11 octobre 1846)

« Cher ami, encore bon jour, et bon an, et bonne santé pour que vous ayez beau et grand succès en toutes choses. Notre Lélia est une chose admirable et si le public de Nohant n’est pas nombreux, au moins il est chaud. Je voudrais que vous entendissiez les joies et les exclamations de ces belles surprises.” (Lettre de janvier 1853)

“J’ai revu toute votre œuvre, je n’ai guère regardé autre chose, et je suis sortie de là vous mettant toujours, sans hésitation et sans crainte d’aucune partialité, à côté des plus grands dans l’histoire de la peinture et au-dessus, mais à deux cent mille pieds au-dessus de tous les vivants.
En rentrant chez moi, j’ai trouvé l’épreuve du chapitre de mes mémoires que j’avais écrit à Nohant avant mon départ. Je l’ai relu bien tranquillement et loin d’avoir à en retrancher un mot, j’en aurais mis le double si je n’avais craint de vous faire assassiner. J’ai dû me faire pas mal d’ennemis dans la peinture, mais je m’en fiche pas mal aussi. » (lettre du 25 juillet 1855).

« J’ai été voir votre chapelle à Saint-Sulpice. C’est splendide. Je vous admire plus que jamais et je vous aime comme toujours. Je ne partirai pas sans aller vous voler encore un quart d’heure et vous embrasse avec Maurice que j’attends » (Mot écrit à Paris, le 4 avril 1862).

Deux lettres, l’une de 1853 adressée à Delacroix, l’autre du 17 août 1863 adressée à Edouard Rodrigues, quatre jour après le décès du peintre, sont un vibrant témoignage de l’amitié sincère et de la grande admiration  que porte Sand à Delacroix.

Cramponnez-vous aussi. Il faut que nous vivions les uns pour les autres, que nous vieillissons avec nos amis ou bien la lutte sera cruelle. Pour vous, vous êtes dans tout l’éclat, dans toute la puissance de votre œuvre. Vous avez gagné une bataille mémorable en ce siècle de bourgeoisie renforcée, et de scepticisme vaniteux. Votre empire est fait, et ceux qui n’ont jamais douté de vous sont plus fiers de votre gloire que vous-même. A revoir dans un ou deux mois, cher ami. J’irai vous embrasser comme je vous aime. » (Lettre de janvier 1853)

« Oui, j’ai le cœur navré. J’ai reçu de lui le mois dernier une lettre où il me disait qu’il prenait part à notre joie d’avoir un enfant, et où il me parlait d’un mieux sensible dans son état. J’étais si habituée à le voir malade que je ne m’en alarmais pas plus que de coutume. Pourtant sa belle écriture ferme était bien altérée. Mais je l’avais déjà vu ainsi plusieurs fois. Mon brave ami Dessauer était près de nous quelques jours plus tard. Il l’avait vu. Il l’avait trouvé livide, mais pas tellement faible qu’il ne lui eût parlé longtemps de moi et de nos vieux souvenirs, avec effusion. J’ai appris sa mort par le journal ! C’est un pèlerinage que je faisais avec ma famille et avant tout, chaque fois que j’allais à Paris. Je ne voulais pas qu’il fût obligé de courir après moi qui ai toujours beaucoup de courses à faire. Je le surprenais dans son atelier. « Monsieur n’y est pas ! » – Mais il entendait ma voix et accourait en disant : « Si fait, si fait, j’y suis ». Je le trouvais, quelque temps qu’il fît, dans une atmosphère de chaleur tropicale et enveloppé de laine rouge jusqu’au nez, mais toujours la palette à la main, en face de quelque toile gigantesque ; et après m’avoir raconté sa dernière maladie d’une voix mourante, il n’animait, causait, jetait son cache-nez, redevenait jeune et pétillant de gaîté, et ne voulait plus nous laissait partir. Il fouillait toutes ses toiles et me forçait d’emporter quelque pochade admirable d’inspiration. La dernière fois l’année dernière (quand je vous ai vu) j’ai été chez lui avec mon fils et Alexandre Dumas fils, de là, nous avons été à Saint-Sulpice, et puis nous sommes retournés lui dire que c’était sublime, et cela lui a fait plaisir. C’est que c’est sublime en effet, les défauts n’y font rien, et puisque vous comprenez cela, vous comprenez le beau et le grand plus que les trois quarts des gens qui se disent artistes ou qui le sont de profession.  Vous êtes aimable de me parler de lui, et vous partagez mes regrets comme vous partagez mon admiration. Pauvre cher pèlerinage, nous ne le ferons plus. Mon fils, qui a été son élève et un peu son enfant gâté, est bien affecté. » (Lettre à Edouard Rodrigues, 18 août 1863).

Sources : George Sand, Lettres d’une vie, Choix et présentation de Thierry Bodin, Folio classique.

post

Le chat

Hildegarde de Bingen, Le livre des subtilités des créatures divines, Physica.

Ch. XXVI : le Chat (de catto)

Le chat est plus froid que chaud : il attire en lui les humeurs mauvaises et n’a pas horreur des esprits aériens, pas plus que ceux-ci ne l’ont en horreur. Il a également une sorte de parenté naturelle avec le crapaud et le serpent. Au plus fort des mois d’été, quand la chaleur est la plus élevée, le chat demeure sec et froid : alors il a soif, si bien qu’il lèche le sol et les serpents, de façon à se réconforter grâce à leur suc et à en tirer un réconfort sans lequel il ne pourrait pas vivre, mais périrait : tout comme un homme a plaisir à goûter du sel pour en tirer un bon goût. Le suc qu’il en tire forme en lui une sorte de poison, si bien que son cerveau et sa chair sont vénéneux. Il ne se plaît pas en compagnie de l’homme, sauf de celui qui le nourrit. Et, à l’époque où il lèche la terre et le serpent, sa chaleur est nocive et dangereuse pour l’homme. Et quand la chatte porte des petits, sa chaleur excite l’homme à la volupté ; le reste du temps, sa chaleur ne sera pas nocive pour l’homme.

post

Un spectacle : “le cercle de Whitechapel” au Lucernaire

Une soirée divertissante!

Bat, Le Rat et Pompona sont allés voir Le cercle de Whitechapel de Julien Lefebvre au Lucernaire et ont beaucoup aimé. Bat vous raconte.

Pour le lecteur de roman policier, il est toujours plaisant de voir  des personnages réels associés aux personnages de fiction au gré de vraies fausses histoires. Privilège de la littérature policière qui permet à chaque lecteur de voyager dans des univers qu’il n’a nullement envie de découvrir en vrai.
Réussir cet exploit au théâtre est plus délicat. Tel est le pari très réussi du Cercle de Whitechapel qui nous installe dans l’univers londonien de 1888, et plus particulièrement dans une “pièce” du quartier de Whitechapel où ont eu lieu les meurtres de prostituées perpétrés par un certain Jack l’éventreur. Arrivent l’un après l’autre dans cet endroit Arthur Conan Doyle, Bram Stoker et Bernard Shaw ainsi que Mary Lawson, tous invités par Sir Herbert Greville.

“Jack l’éventreur est aux yeux de tous une légende du mal, un mythe. mais il est aussi un concept, celui du “crime parfait” : cette pierre philosophale que tous les auteurs de roman policier, par l’intermédiaire de leur héros, n’ont eu de cesse, au fil du temps, de prouver son inexistence” nous explique le metteur en scène Jean-Laurent Silvi.

Certes, convenons-en: le thème de Jack l’éventreur a attiré le spectateur dans ce guet-apens. Mais il cède rapidement la place au plaisir de découvrir nos trois détectives. Et tout d’abord à Arthur Conan Doyle. Dans la pièce, Doyle apparaît comme un médecin un peu timoré, soucieux de partir au plus vite prendre son train pour rentrer chez lui à Southsea, invité par Sir Greville car il vient d’écrire Une étude en rouge mettant en scène un détective aux méthodes nouvelles fondées sur l’observation, la déduction et la réflexion, Sherlock Holmes. Vrai ou faux?

Second sur la liste Bram Stoker. Dans la pièce, le père de Dracula, administrateur d’un théâtre, est surtout amateur d’occultisme, de personnages fantasques et de soirées insolites. Vrai ou faux? Troisième sur la liste Bernard Shaw. Dans la pièce, le célèbre journaliste est un dandy odieux, jaloux de Doyle et tout à fait imbu de sa personne. Vrai ou faux? Evidemment quand apparaît Mary Lawson, docteur en médecine, se pose la question du vrai faux personnage?

Tout ceci a bien entendu beaucoup amusé Pompona qui n’a pas pu s’empêcher de relever que Bram Stoker a écrit Dracula en 1897 et que nous ne sommes qu’en 1888.

Mais ce n’est bien sûr pas le seul intérêt de la pièce. Les comédiens sont formidables et portent la pièce avec une énergie communicative qui entraîne la salle dans la bonne humeur, voire l’hilarité. Mentions spéciales à Ludovic Laroche et à Jérôme Paquatte pour leur interprétation de Doyle et Stoker, mais je reconnais volontiers un parti pris pour ces personnages!

Reste enfin l’intrigue de cette comédie policière… dont il n’est pas possible de parler. Le Rat a adoré, mais il ne vous en dira rien. Il fait maintenant partie du “Cercle de Whitechapel”, cette communauté de spectateurs qui connaît la fin, mais n’en livrera pas le secret.

Allez la découvrir au Lucernaire jusqu’au 14 avril.

post

Du mariage bourgeois – Marie d’Agoult

Dans ses Mémoires, Marie d’Agoult raconte son mariage bourgeois et le spleen que ce mariage lui a causé. C’était bien sûr avant la rencontre avec Franz Liszt qui allait changer la vie de la Comtesse d’Agoult.

« Il y avait six années que j’étais mariée. J’étais la femme d’un homme de cœur et d’honneur ; j’étais la mère de deux enfants pleins de grâce et de gentillesse. La fortune et les usages du monde où je vivais m’assuraient une pleine liberté. J’avais une famille excellente, des relations nombreuses, mille moyens faciles d’occuper ou d’amuser mes journées ; je possédais enfin tout ce que l’on est convenu d’appeler une belle et grande existence.

Mais combien ma vie intime répondait peu à ces dehors brillants !

Depuis le jour de mon mariage, je n’avais pas eu une heure de joie. Le sentiment d’un isolement complet du cœur et de l’esprit dans les rapports nouveaux que me créait la vie conjugale, un étonnement douloureux de ce que j’avais fait en me donnant à un homme qui ne m’inspirait point d’amour avaient jeté dès ce premier jour, sut toutes mes pensées une tristesse mortelle, et depuis lors, à mesure que se déroulaient les conséquences d’une union dont rien ne pouvait plus rompre le nœud, à mesure que se multipliaient les occasions où s’accusaient involontairement, entre mon mari et moi, les oppositions de nature, de caractère et d’esprit, au lieu de m’y accoutumer ou de m’y résigner, j’en avais souffert de plus en plus.

Et ce qui aggravait encore ma peine, c’est que je me croyais tenue de la cacher. En faire confidence à qui que ce fût m’eût paru un tort très grave, presque une trahison envers celui que j’avais promis d’aimer et que je devais du moins respecter par mon silence. Aussi, même avec mes plus proches, même avec le prêtre, à qui, sauf en ce seul point, j’ouvrais mon âme tout entière, je feignais le consentement. Et, dans l’effort continu qu’il me fallait faire pour me montrer autre que je n’étais, je perdais la tranquillité et cette joie intérieure de la conscience qui naît d’une sincérité parfaite.
Une inquiétude sans objet, une sorte de remords qui ne savait où se prendre, car mes intentions étaient droites et mes désirs les plus purs du monde, la vague et vaine image des félicités que la vie prodigue à ceux qui s’aiment, l’effroi d’un avenir où rien ne pouvait changer, telle était, depuis six années, ma disposition constante, dans une existence aride et contrainte, où se flétrissaient, une à une, faute d’air et de lumière, les plus chères espérances et toutes les ardeurs de ma jeunesse trompée.

Comment donc un mariage qui devait avoir si vite des effets si tristes avait-il pu se faire ?

Passionnée, romanesque comme je l’étais alors, quelle méconnaissance de moi-même avait donc pu m’égarer jusqu’à ce point de consentir à une union où l’inclination n’avait aucune part ?

Exempte des ambitions et des vanités du monde, pourquoi m’étais-je laissé marier selon le monde ?

Par quelle aberration de la volonté en étais-je venue, si jeune encore, à prendre pour époux un homme que je connaissais à peine, et dont toute la personne formait avec la mienne une dissonance telle que les moins prévenus s’en apercevaient tout d’abord ? Par quelle incroyable puissance de la coutume, un mariage que tout déconseillait, la distance des âges, la diversité de humeurs et jusqu’au contraste apparent des formes extérieures fut-il deux fois rompu, deux fois renoué, comme par une obstination du sort, conclu enfin, malgré mon appréhension dominante à son approche ? […]

[…] Quoi qu’il en soit, je m’aperçus trop tard que j’avais trop présumé de ma force, en renonçant aux rêves de mon jeune âge et à l’espérance d’aimer. Il se fit en moi un vide affreux. J’essayai de le combler par les plaisirs du monde et par la multiplicité de ses devoirs futiles, mais en vain. Mon caractère sérieux et sincère répugnait aux frivolités et à tous les faux-semblants. Cette agitation fébrile où je me jetais de parti pris m’étourdissait et me fatiguait sans me distraire, et quand je considérais l’emploi de mes heures, je me prenais moi-même en pitié ».

Mémoires, souvenirs et journaux de la comtesse d’Agoult, Mercure de France, le temps retrouvé, p. 333,334 et 335.

post

Cendrillon (extrait) – Hommage à Charles Perrault

Pour célébrer le 390e anniversaire de la naissance de Charles Perrault, Bat la sorcière philosophe vous propose cet extrait du conte Cendrillon :

… « Enfin l’heureux jour arriva, on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu’elle put ; lorsqu’elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa Marraine, qui la vit toute en pleurs, lui demanda ce qu’elle avait. « Je voudrais bien… je voudrais bien … » Elle pleurait si fort qu’elle ne put achever. Sa Marraine, qui était Fée, lui dit : « Tu voudrais bien aller au Bal, n’est-ce pas ? – Hélas oui, dit Cendrillon en soupirant. – Hé bien, seras-tu bonne fille ? dit sa Marraine, je t’y ferai aller. » Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : « Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille. » Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu’elle put trouver, et la porta à sa Marraine, ne pouvant deviner comment une citrouille la pourrait faire aller au Bal. Sa Marraine la creusa, et n’ayant laissé que l’écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changé en un beau carrosse tout doré. Ensuite elle alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris toutes en vie ; elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière, et à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris était aussitôt changée en un beau cheval ; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d’un beau gris de souris pommelé. Comme elle était en peine de qui elle ferait un Cocher : « Je vais voir, dit Cendrillon, s’il n’y a point quelque rat dans la ratière, nous en ferons un Cocher. – Tu as raison, dit sa Marraine, va voir. » Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats. La Fée en prit un d’entre les trois, à cause de sa maîtresse barbe, et l’avant touché, il fut changé en un gros Cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu’on ait jamais vues. Ensuite elle lui dit : « Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l’arrosoir, apporte-les-moi. » Elle ne les eut pas plus tôt apportés que la Marraine les changea en six Laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse avec leurs habits chamarrés, et qui s’y tenaient attachés, comme s’ils n’eussent fait autre chose toute leur vie. La Fée dit alors à Cendrillon : « Hé bien, voilà de quoi aller au bal, n’es-tu pas bien aise ? » – Oui, mais est-ce que j’irai comme cela avec mes vilains habits ? » Sa Marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses habits furent changés en des habits de drap d’or et d’argent tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde. Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa Marraine lui recommanda sur toutes choses de ne pas passer minuit, l’avertissant que si elle demeurait au Bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses vieux habits reprendraient leur première forme …

 

Source : Charles Perrault, Contes, Folio classique, p. 172-174.

post

La Gazette de Soracha – n°17 – Judith Gautier

Judith Gautier est décédée dans sa villa du bord de mer, appelée « Le Pré-des-Oiseaux », à Saint-Énogat le 26 décembre 1917. Il y a 100 ans aujourd’hui.


Plage de Saint-Enogat

Vue de la plage de Saint-Enogat (Dinard). ©Le Rat/Soracha.

« Indépendante j’ai vécu, indépendante je vieillis, indépendante je mourrai ».

Résumé. – Judith Gautier est une femme exceptionnelle et passionnante, aux facettes multiples : « fille de » l’écrivain Théophile Gautier, intégrée dans le milieu littéraire et artistique de son temps, actrice du monde culturel de son époque, touche-à-tout extraordinaire, écrivain, journaliste, fervent soutien de Wagner et grande amie de Victor Hugo, première femme entrée à l’Académie Goncourt en 1910. Judith Gautier est un « chef d’œuvre de personnage ».

Les nombreux intervenants du passionnant colloque organisé par Yvan Daniel et Martine Lavaud pour le centenaire de la mort de Judith Gautier les 16 et 17 novembre dernier à la Sorbonne ont montré la richesse intellectuelle et la créativité foisonnante de cette femme hors du commun. Et le concert présenté par la société Judith Gautier, avec le soutien du service culturel de Paris-Sorbonne, avec la soprano Bernadette Mercier et le pianiste Jean-François Ballèvre a fait découvrir au public de nombreuses oeuvres musicales peu connues, notamment celles de Benedictus, grand ami de Judith Gautier.

Read More