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Le 20 janvier 1666, Anne d’Autriche, dernière des grandes régentes de France, s’éteint aux petites heures du matin, “des suites d’une longue maladie” dirait-on aujourd’hui.

Anne_d'Autriche

Première alerte. – La reine a toujours eu une bonne santé. En1663, Anne tombe gravement malade pour la première fois à 62 ans : elle se plaint de lassitude dans les bras, de douleurs aux jambes, de nausées et surtout de fièvre. Pour la soigner, ses médecins la saignent tellement qu’elle s’évanouit. La reine finit par se rétablir.

Diagnostic sans espoir. – En mai 1664, Anne souffre d’une douleur au sein gauche, sent un nodule, mais ne dit rien. En novembre, elle veille jour et nuit Marie-Thérèse gravement malade. La reine mère est fatiguée et a un teint cireux. « Le cancer est à son commencement comme une verrue le plus souvent, en couleur et en consistance » explique Vallot, le médecin du roi.

Lorsque Vallot examine Anne en décembre 1664, le doute n’est plus permis : la reine est atteinte d’un cancer du sein. « La grandeur du mal de la reine mère, joint à son âge fort avancé [Anne a 63 ans], donne un grand sujet de craindre un fâcheux événement. L’on ne désespère pas néanmoins, si la malade est encore en état de faire des remèdes, que l’on ne puisse lui procurer du soulagement et la faire vivre plusieurs années » (Vallot).

Une longue agonie. – Lorsque la reine apprend le diagnostic, elle dit simplement : « ce que je souffrirai sera sans doute pour mon salut ; et j’espère qu’Il me donnera les forces dont j’aurai besoin pour l’endurer avec patience ». Et il lui en faut en effet : de décembre 1664 à janvier 1666, Anne d’Autriche va subir des traitements médicaux aussi éprouvants qu’inappropriés, des soins inutiles proposés par différents rebouteux. « Dieu veut en cela me châtier d’avoir eu trop d’amour-propre et d’avoir trop aimé la beauté de mon corps ». Son agonie est longue et douloureuse.

Un modèle de « bonne mort ». – Les trois obligations du mourant sont de mettre ses affaires en ordre par son testament, de recevoir avec dévotion les derniers sacrements et de résister aux dernières tentations. En mai 1665, Anne rédige son testament. En septembre, la reine se fait conduire au Val-de-Grâce où elle souhaite mourir. Mais les médecins et le roi trouvent le couvent incommode. Louis XIV la fait ramener au Louvre. Anne est installée dans son lit de velours à ramage bleu, aux rideaux de soie brodée d’or, entouré de quatre piliers surmontés de pommes ornées de bouquets de plumes aurore et bleu et d’aigrettes blanches. Au chevet, un crucifix est encadré de deux petits tableaux pieux. Un balustre d’argent, sépare le lit monumental du reste de la chambre. A la veille de sa mort, le 19 janvier 1666, Anne murmure : « Ma main est enflée, il est temps de partir ». Avant de communier, elle parle à chacun de ses fils en particulier avant que n’arrive, porté de Saint-Germain-l’Auxerrois, en grande cérémonie, le Saint-Sacrement:

« Il faut vous anéantir devant Dieu ; bien que fille de tant de rois et d’empereurs, mère, tante et sœur des plus puissants princes de la terre, vous devez considérer que vous allez être égalée à la moindre créature, que toutes vos grandeurs ne vous serviront plus de rien, que le seul repentir de vos péchés, votre pénitence et votre humilité, en ce terrible moment, vous seront utiles et salutaires ; vous allez paraître devant Dieu pour être jugée selon vos œuvres… » lui dit l’archevêque.

L’amour de ses deux fils. – « Regardez la reine, ma mère, je ne l’ai jamais vue aussi belle ». dit Louis XIV qui se met à pleurer. Ce même 19 janvier, dans la soirée, Anne, ne sentant plus son pouls, demande l’extrême-onction. Vers minuit, Louis XIV croit sa mère morte et s’évanouit. Il faut le transporter dans le cabinet des bains et il y reste, n’ayant plus le courage de contempler cette longue agonie. « Un fils n’a jamais davantage honoré sa mère pendant toute sa vie » (Ch. Perrault, Mémoires de sa vie »). Elle meurt le 20 janvier aux petites heures du matin, veillée par son fils Philippe qui, désobéissant au roi, son frère, a refusé de la laisser seule.

Comme elle l’avait demandé, la reine est revêtue de la robe des tertiaires de Saint-François pour ses obsèques ; on porte son corps à Saint-Denis aux côtés de son mari et son cœur au Val-de-Grâce.

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« Elle n’était pas seulement une grande reine, elle méritait d’être mise au rang des plus grands rois » .

« Le simple récit que l’histoire fera des actions de cette princesse surpassera toujours de beaucoup ce qu’ils ont pu dire à sa louange » (Louis XIV, Œuvres).

 

 

 

Sources : Cl. Dulong, Anne d’Autriche, Folio classique ; R. Kleinman, Anne d’Autriche, Fayard ; H. Delalex, Louis XIV

Sources photos : wikicommons

One thought on “La Gazette de Soracha – n° 5 : 20 janvier 2017 – Anne d’Autriche

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