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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°80 – Le Renard, le Singe et les animaux

Le Renard, le Singe et les animaux

Les Animaux, au décès d’un Lion,

En son vivant Prince de la contrée,
Pour faire un Roi s’assemblèrent, dit-on.
De son étui la couronne est tirée.
Dans une chartre un Dragon la gardait.
Il se trouva que sur tous essayée
A pas un d’eux elle ne convenait.
Plusieurs avaient la tête trop menue,
Aucuns trop grosse, aucuns même cornue.

Le Singe aussi fit l’épreuve en riant,

Et par plaisir la Tiare essayant,
Il fit autour force grimaceries,
Tours de souplesse, et mille singeries,
Passa dedans ainsi qu’en un cerceau.
Aux Animaux cela sembla si beau
Qu’il fut élu : chacun lui fit hommage.
Le Renard seul regretta son suffrage,
Sans toutefois montrer son sentiment.

Quand il eut fait son petit compliment,

Il dit au Roi : Je sais, Sire, une cache,
Et ne crois pas qu’autre que moi la sache.
Or tout trésor, par droit de Royauté,
Appartient, Sire, à votre Majesté.
Le nouveau Roi bâille après la finance,
Lui-même y court pour n’être pas trompé.
C’était un piège : il y fut attrapé.

Le Renard dit, au nom de l’assistance :

Prétendrais-tu nous gouverner encor,
Ne sachant pas te conduire toi-même ?
Il fut démis ; et l’on tomba d’accord
Qu’à peu de gens convient le Diadème.

Jean de La Fontaine Livre VI, fable 6

Le renard, le singe et les animaux. J-B Oudry Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°64 – La Cour du Lion

La Cour du Lion

Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître

De quelles nations le Ciel l’avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L’écrit portait
Qu’un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l’ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.

Par ce trait de magnificence

Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l’odeur se porta
D’abord au nez des gens. L’Ours boucha sa narine :
Il se fût bien passé de faire cette mine,
Sa grimace déplut. Le Monarque irrité
L’envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l’antre, et cette odeur :

Il n’était ambre, il n’était fleur,

Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encore punie.
Ce Monseigneur du Lion-là
Fut parent de Caligula.
Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,
Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser.
L’autre aussitôt de s’excuser,
Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire
Sans odorat ; bref, il s’en tire.

Ceci vous sert d’enseignement :

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

Jean de La Fontaine Livre VII, fable 7

La cour du lion. J-B Oudry Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°63 – Les animaux malades de la peste

Les animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.

Les Tourterelles se fuyaient :

Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.

Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :

Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.

– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.

On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance

Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine Livre VII, fable 1

Les animaux malades de la peste. J-B Oudry Source gallica .bnf.fr/BnF

 

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°62 – Le Pâtre et le Lion

Le Pâtre et le Lion

Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent être ;

Le plus simple animal nous y tient lieu de maître.
Une morale nue apporte de l’ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire ;
Et conter pour conter me semble peu d’affaire.
C’est par cette raison qu’égayant leur esprit,
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue.
On ne voit point chez eux de parole perdue.

Phèdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blâmé ;

Ésope en moins de mots s’est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit, et se pique
D’une élégance laconique ;
Il renferme toujours son conte en quatre vers ;
Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts.
Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable.
L’un amène un chasseur, l’autre un pâtre, en sa fable.
J’ai suivi leur projet quant à l’événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.

Voici comme, à peu près, Ésope le raconte :

Un pâtre, à ses brebis trouvant quelque mécompte,
Voulut à toute force attraper le larron.
Il s’en va près d’un antre, et tend à l’environ
Des lacs à prendre loups, soupçonnant cette engeance.
Avant que partir de ces lieux :
« Si tu fais, disait-il, ô monarque des Dieux,
Que le drôle à ces lacs se prenne en ma présence,
Et que je goûte ce plaisir,
Parmi vingt veaux je veux choisir
Le plus gras, et t’en faire offrande. »

À ces mots sort de l’antre un Lion grand et fort ;

Le Pâtre se tapit, et dit à demi mort :
« Que l’homme ne sait guère, hélas ! ce qu’il demande !
Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau,
Et le voir en ces lacs pris avant que je parte,
Ô monarque des Dieux, je t’ai promis un veau :
Je te promets un boeuf si tu fais qu’il s’écarte.
C’est ainsi que l’a dit le principal auteur :
Passons à son imitateur.

Jean de La Fontaine Livre VI, fable 1

Le pâtre et le lion. G. Doré Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°60 – Le Lion

Source: gallica.bnf.fr/ville de Paris/ Fonds Heure Joyeuse

Le Lion

Sultan Léopard autrefois

Eut, ce dit-on, par mainte aubaine,
Force bœufs dans ses prés, force Cerfs dans ses bois,
Force moutons parmi la plaine.
Il naquit un Lion dans la forêt prochaine.
Après les compliments et d’une et d’autre part,
Comme entre grands il se pratique,
Le Sultan fit venir son Vizir le Renard,
Vieux routier et bon politique.

Tu crains, ce lui dit-il, Lionceau mon voisin :

Son père est mort, que peut-il faire ?
Plains plutôt le pauvre orphelin.
Il a chez lui plus d’une affaire ;
Et devra beaucoup au destin
S’il garde ce qu’il a sans tenter de conquête.
Le Renard dit branlant la tête :
Tels orphelins, Seigneur, ne me font point pitié :

Il faut de celui-ci conserver l’amitié,

Ou s’efforcer de le détruire,
Avant que la griffe et la dent
Lui soit crue, et qu’il soit en état de nous nuire :
N’y perdez pas un seul moment.
J’ai fait son horoscope : il croîtra par la guerre.
Ce sera le meilleur Lion
Pour ses amis qui soit sur terre,
Tâchez donc d’en être, sinon
Tâchez de l’affaiblir. La harangue fut vaine.

Le Sultan dormait lors ; et dedans son domaine

Chacun dormait aussi, bêtes, gens ; tant qu’enfin
Le Lionceau devient vrai Lion. Le tocsin
Sonne aussi-tôt sur lui ; l’alarme se promène
De toutes parts ; et le Vizir,
Consulté là-dessus dit avec un soupir :
Pourquoi l’irritez-vous ? La chose est sans remède.
En vain nous appelons mille gens à notre aide.
Plus ils sont, plus il coûte ; et je ne les tiens bons
Qu’à manger leur part des moutons.

Apaisez le Lion : seul il passe en puissance

Ce monde d’alliés vivants sur notre bien :
Le Lion en a trois qui ne lui coûtent rien,
Son courage, sa force, avec sa vigilance.
Jetez-lui promptement sous la griffe un mouton :
S’il n’en est pas content jetez-en davantage.
Joignez-y quelque bœuf : choisissez pour ce don
Tout le plus gras du pâturage.

Sauvez le reste ainsi. Ce conseil ne plut pas,

Il en prit mal, et force états
Voisins du Sultan en pâtirent :
Nul n’y gagna ; tous y perdirent.
Quoi que fît ce monde ennemi,
Celui qu’ils craignaient fut le maître.
Proposez-vous d’avoir le Lion pour ami
Si vous voulez le laisser craistre.

Jean de La Fontaine Livre XI, fable 1

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°59 – La Lionne et l’Ourse

La Lionne et l’Ourse

Mère Lionne avait perdu son fan.

Un chasseur l’avait pris. La pauvre infortunée
Poussait un tel rugissement
Que toute la Forêt était importunée.
La nuit ni son obscurité,
Son silence et ses autres charmes,
De la Reine des bois n’arrêtait les vacarmes
Nul animal n’était du sommeil visité.

L’Ourse enfin lui dit : Ma commère,

Un mot sans plus ; tous les enfants
Qui sont passés entre vos dents
N’avaient-ils ni père ni mère ?
– Ils en avaient. – S’il est ainsi,
Et qu’aucun de leur mort n’ait nos têtes rompues,
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi ?

– Moi me taire ! moi, malheureuse !

Ah j’ai perdu mon fils ! Il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse !
– Dites-moi, qui vous force à vous y condamner ?
– Hélas ! c’est le Destin qui me hait. Ces paroles
Ont été de tout temps en la bouche de tous.
Misérables humains, ceci s’adresse à vous :
Je n’entends résonner que des plaintes frivoles.
Quiconque en pareil cas se croit haï des Cieux,
Qu’il considère Hécube, il rendra grâce aux Dieux.

Jean de La Fontaine Livre X, fable 12

La lionne et l’ourse. G. Doré Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°58 – Le Lion, le Singe et les deux Anes

Le Lion, le Singe et les deux Anes

Le Lion, pour bien gouverner,

Voulant apprendre la morale,
Se fit, un beau jour, amener
Le Singe, maître ès arts chez la gent animale.
La première leçon que donna le régent
Fut celle-ci : « Grand Roi, pour régner sagement,
Il faut que tout prince préfère
Le zèle de l’État à certain mouvement
Qu’on appelle communément
Amour propre ; car c’est le père,
C’est l’auteur de tous les défauts
Que l’on remarque aux animaux.

Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitte,

Ce n’est pas chose si petite
Qu’on en vienne à bout en un jour :
C’est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.
Par là votre personnage auguste
N’admettra jamais rien en soi
De ridicule ni d’injuste
– Donne-moi, repartit le Roi,
Des exemples de l’un et l’autre.

– Toute espèce, dit le docteur,

Et je commence par la nôtre,
Toute profession s’estime dans son coeur,
Traite les autres d’ignorantes,
Les qualifie impertinentes,
Et semblables discours qui ne nous coûtent rien.
L’amour-propre, au rebours, fait qu’au degré suprême
On porte ses pareils ; car c’est un bon moyen
De s’élever aussi soi-même.

De tout ce que dessus j’argumente très bien

Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,
Cabale, et certain art de se faire valoir,
Mieux su des ignorants que des gens de savoir.
L’autre jour, suivant à la trace
Deux Ânes qui, prenant tour à tour l’encensoir
Se louaient tour à tour, comme c’est la manière,
J’ouïs que l’un des deux disait à son confrère :
« Seigneur, trouvez-vous pas bien injuste et bien sot
L’homme, cet animal si parfait ? Il profane
Notre auguste nom, traitant d’âne
Quiconque est ignorant, d’esprit lourd, idiot.

Il abuse encore d’un mot,

Et traite notre rire et nos discours de braire.
Les humains sont plaisants de prétendre exceller
Par-dessus nous ; non, non ; c’est à vous de parler,
À leurs orateurs de se taire :
Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :
Vous m’entendez, je vous entends ;
Il suffit. Et quant aux merveilles
Dont votre divin chant vient frapper les oreilles,
Philomèle est, au prix, novice dans cet art :
Vous surpassez Lambert. » L’autre baudet repart :
Seigneur, j’admire en vous des qualités pareilles. »

Ces Ânes, non contents de s’être ainsi grattés,

S’en allèrent dans les cités
L’un l’autre se prôner : chacun d’eux croyait faire,
En prisant ses pareils, une fort bonne affaire,
Prétendant que l’honneur en reviendrait sur lui.
J’en connais beaucoup aujourd’hui,
Non parmi les baudets, mais parmi les puissances
Que le Ciel voulut mettre en de plus hauts degrés,
Qui changeraient entre eux les simples excellences,
S’ils osaient, en des majestés.

J’en dis peut-être plus qu’il ne faut, et suppose

Que Votre Majesté gardera le secret.
Elle avait souhaité d’apprendre quelque trait
Qui lui fit voir, entre autre chose,
L’amour-propre donnant du ridicule aux gens.
L’injuste aura son tour : il y faut plus de temps. »
Ainsi parla ce Singe. On ne m’a pas su dire
S’il traita l’autre point, car il est délicat ;
Et notre maître ès arts, qui n’était pas un fat,
Regardait ce Lion comme un terrible Sire.

Jean de La Fontaine Livre XI, fable 5

Le lion le singe et les deux ânes. G. Doré Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°57 – Le Lion, le Loup et le Renard

Le Lion, le Loup et le Renard

Un Lion décrépit, goutteux, n’en pouvant plus,

Voulait que l’on trouvât remède à la vieillesse :
Alléguer l’impossible aux Rois, c’est un abus.
Celui-ci parmi chaque espèce
Manda des Médecins ; il en est de tous arts :
Médecins au Lion viennent de toutes parts ;
De tous côtés lui vient des donneurs de recettes.
Dans les visites qui sont faites
Le Renard se dispense, et se tient clos et coi.

Le Loup en fait sa cour, daube au coucher du Roi

Son camarade absent ; le Prince tout à l’heure
Veut qu’on aille enfumer Renard dans sa demeure,
Qu’on le fasse venir. Il vient, est présenté ;
Et sachant que le Loup lui faisait cette affaire :
Je crains, Sire, dit-il, qu’un rapport peu sincère,
Ne m’ait à mépris imputé
D’avoir différé cet hommage ;
Mais j’étais en pèlerinage ;
Et m’acquittais d’un vœu fait pour votre santé.

Même j’ai vu dans mon voyage

Gens experts et savants ; leur ai dit la langueur
Dont votre Majesté craint à bon droit la suite :
Vous ne manquez que de chaleur :
Le long âge en vous l’a détruite :
D’un Loup écorché vif appliquez-vous la peau
Toute chaude et toute fumante ;
Le secret sans doute en est beau
Pour la nature défaillante.

Messire Loup vous servira,

S’il vous plaît, de robe de chambre.
Le Roi goûte cet avis-là :
On écorche, on taille, on démembre
Messire Loup. Le Monarque en soupa ;
Et de sa peau s’enveloppa ;
Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire :
Faites si vous pouvez votre cour sans vous nuire.
Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
Les daubeurs ont leur tour, d’une ou d’autre manière :
Vous êtes dans une carrière
Où l’on ne se pardonne rien.

Jean de La Fontaine Livre VIII, fable 3

Le lion le loup et le renard. J-B Oudry Source gallica .bnf.fr/BnF

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°56 – Le Lion malade et le Renard

Le Lion malade et le Renard

De par le Roi des animaux,

Qui dans son antre était malade,
Fut fait savoir à ses vassaux
Que chaque espèce en ambassade
Envoyât gens le visiter ;
Sous promesse de bien traiter
Les députés, eux et leur suite,
Foi de Lion, très bien écrite :
Bon passeport contre la dent,
Contre la griffe tout autant.
L’édit du prince s’exécute :
De chaque espèce on lui députe.

Les Renards gardant la maison,

Un d’eux en dit cette raison :
« Les pas empreints sur la poussière
Par ceux qui s’en vont faire au malade leur cour,
Tous, sans exception, regardent sa tanière ;
Pas un ne marque de retour :
Cela nous met en méfiance.
Que Sa Majesté nous dispense :
Grand merci de son passeport.
Je le crois bon : mais dans cet antre
Je vois fort bien comme l’on entre,
Et ne vois pas comme on en sort. »

Jean de La Fontaine Livre VI, fable 14

Le lion malade et le renard Gustave Doré

Le lion malade et le renard. Illustration de Gustave Doré.
Source : gallica.bnf.fr

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“Les Fables” de Jean de la Fontaine – n°55 – Le Lion et le chasseur

Le Lion et le chasseur

Un fanfaron, amateur de la chasse,

Venant de perdre un chien de bonne race
Qu’il soupçonnait dans le corps d’un Lion,
Vit un berger. « Enseigne-moi, de grâce,
De mon voleur, lui dit-il, la maison,
Que de ce pas je me fasse raison. »
Le berger dit : « C’est vers cette montagne.
En lui payant de tribut un mouton
Par chaque mois, j’erre dans la campagne
Comme il me plaît ; et je suis en repos. »

Dans le moment qu’ils tenaient ces propos,

Le Lion sort, et vient d’un pas agile.
Le fanfaron aussitôt d’esquiver :
« Ô Jupiter, montre-moi quelque asile,
S’écria-t-il, qui me puisse sauver ! »
La vraie épreuve de courage
N’est que dans le danger que l’on touche du doigt :
Tel le cherchait, dit-il, qui, changeant de langage,
S’enfuit aussitôt qu’il le voit.

Jean de La Fontaine Livre VI, fable 2

Le lion et le chasseur. G. Doré Source gallica .bnf.fr/BnF